Lux
Solo - 50 min.
Conception - chorégraphie: Chloé Hernandez
Interprétation - chorégraphie: Juliette Bolzer
Création vidéo - chorégraphie: Orin Camus
Création lumière - régie générale: Sylvie Debare
Création musicale: Fred Malle
Texte additionel: Fabrice Caravaca
« Qu’avons-nous fait des étoiles ? »
Le spectateur cherche sa propre réponse dans un coin de mur, espace de jeu délimité sous ses yeux, dans les oscillations d’une artiste seule en scène, comme une invitation à focaliser sur l’intensité de la solitude féminine. Le dictat de l’univers visuel de notre temps est mis en lumière : avec Lux, Yma invite le public à fuir la lumière bleue des écrans et des lumières leds pour apprivoiser la nécessaire obscurité et voir vibrer la lumière intérieure de l’être humain.
La lumière
Qu’est-ce que la lumière? Quelles perceptions sensorielles, visuelles, tactiles, vibratoires, ce phénomène physique provoque-t-il sur l’être humain?
Les nombreux dispositifs lumineux que nous avons pu apprécier, installations plastiques ou éclairages scéniques, continuent de nourrir notre curiosité pour la lumière. Nous entreprenons avec Lux d’apprivoiser cet élément en tant que source, rayonnement, et d’exploiter ses dimensions structurelle et symbolique, pour développer une danse, comme un lien entre le visible et l’invisible, entre l’univers transparent aérien qu’elle traverse et les obstacles opaques qu’elle éclaire. La lumière, ce lien indispensable au cycle de la vie organique.
L’artiste, sur scène se nourrit d’elle pour sculpter sa présence. Elle ressent sa chaleur sur les parties de son corps qu’elle veut exposer, Elle puise son impulsion dans l’intensité d’un éclairage, Elle sait comment s’orienter et se présenter au public grâce à la direction du faisceau. Le spectateur est alors irradié à son tour de toute l’énergie dont est chargée l’artiste et qu’elle partage avec intensité.
La recherche chorégraphique de Lux est inspirée de toutes ces synergies. Qu’est ce que cet outil de l’envers du décor met en jeu dans la construction de l’espace, dans la projection du regard, dans sa manière de se moduler pour habiter la scène ou au contraire d’en disparaître.

Dispositif scénique
Nous nous sommes intéressés à un décor, la moitié d’une pièce, ouverte vers le public, un angle de mur, toile vierge prête à réfléchir les rayons et les aplats de couleurs qu’on lui offre donnant des perceptions multiples et des sensations singulières. Il appartient à l’univers du studio photo, où se fabrique des images, des univers réels ou imaginaires, conscrit dans un minimum d’espace pour mieux focaliser l’intensité.
La lumière porte en elle un mystère. Elle évolue à la frontière de l’immatériel, insaisissable. Sur scène, l’envers du décor est ici à vue et contribue à la rendre tangible. Un projecteur sur pied et un vidéoprojecteur sont positionnés sur un coté de l’espace scénique - coté cour. Ils sont orientés vers l’angle de mur - coté jardin tout comme l’attention du spectateur. Cette polarisation retranche l’artiste vers un même espace. Elle y évolue jusque dans le coin, l’espace angulaire, s’y cogne, rebondit, et pourtant, quand la lumière l’appelle à se retourner dos au mur, elle réalise que le champ est vaste.
Cette installation vient aussi interroger le rôle de ce mur et sa portée symbolique. Utilisé comme une surface renvoyant les rayons lumineux, définissant les contours de l’espace de jeu, il met en évidence le dictat de l’univers visuel dans notre civilisation. Ce mur est aussi l’élément physique qui arrête les faisceaux, plongeant derrière lui un environnement dans l’obscurité hors de notre vue, hors de porté.
Est-ce que l’usage prédominant de la vue ne tend-il pas à négliger les autres sens ? Que se passe t-il lorsque, plongé dans l’obscurité, l’être est en alerte, tous les sens en éveil ?
Si le non visible génère un sentiment d’inquiétude, la lumière quand à elle rassure.

La recherche
Nous utilisons le stroboscope. Déclenché par flashs intermittents, il vient figer un instant et renvoie à la pratique de prises d’images innombrables auxquelles l’humain semble s’intéresser pour capter, immortaliser, partager chaque instant de sa vie. Réglé à full, avec un autre apport de lumière, il provoque des vibrations dans l’air et rend tangible les sollicitations extrêmes de ce mode de consommation visuelle lié à l’utilisation d’écrans de toutes sortes.
L’interprète évolue alors à la recherche de repères, vulnérable. La puissance de la lumière brutale, et radicale, brule. Elle est écrasante, aveuglante.
Son action peut être aussi bénéfique et nécessaire à la vie. La phosphorescence, la bioluminescence, la photosynthèse sont autant de phénomènes qui témoignent du caractère vital de la lumière et de l’adaptation des êtres vivants confrontés à des phases d’obscurité totale.
Ce monde éclairé où nous vivons se situe entre l’obscurité des abysses et la nuit de l’espace infini. De même que l’interprète évolue dans cet espace lumineux, entre l’obscurité derrière le mur et celle qui s’étend au delà des projecteurs.
Le rayonnement de la lumière émise par une source transporte de l’énergie et se propage comme une onde électromagnétique qui vient interagir avec la matière. L’interprète, tel un récepteur, réagit aux multiples messages lumineux émis par la structure. Par exemple, à une lumière diffuse, nébuleuse, sans impact, ses mouvements se déploient sans limites s’épanouissent pour devenir légers par un jeu de brassage de l’air, de déplacements souples et vaporeux.
Quand la lumière s’imprime différemment dans l’air, et modifie la perception de sa densité, on est comme enveloppé et porté par elle, la gravité nous quitte un peu. On n’ose plus faire de gestes fragmentés, pour ne pas perturber l’harmonie qu’on trouve à être plongé dans cet environnement.
Parce que le corps a cette capacité à s’adapter à chaque milieu, la recherche chorégraphique va s’appuyer sur les signaux captés par ses sens.
La lumière, costume incontournable de l’artiste sur scène, est un élément qui le nimbe de poésie mais aussi une mécanique, avide de puissance électrique. Tous ces mégawatts nécessaires pour éclairer un spectacle nous interroge sur la manière d’imaginer l’avenir du spectacle vivant d’un point de vu plus respectueux de l’environnement.

Captation complète "Lux"

Production : Yma. Compagnie Vous Êtes Ici / Un Festival à Villeréal, Théâtre Ducourneau d’Agen, Espace d’Albret de Nerac, Ministère de la Culture - DRAC Nouvelle-Aquitaine (Aide à la structuration), Région Nouvelle-Aquitaine, Département du Lot-et-Garonne.

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